Bannir les experts hors controle - Pierre Dubochet

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Bannir les experts hors controle

Dossiers > Rayons ionisants

Pierre Dubochet | 1er mai 2014

Three Miles Island : les victimes doivent plaider sans leurs experts, révoqués par la Cour

Les spécialistes mettent en place un système juridique qui bannit les experts hors de leur contrôle

Corrélativement à la montée de l’intérêt pour l’électronucléaire, on voit s’accroître l’importance des contrôles. Dans tous les pays en voie de nucléarisation, le nombre d’Agences, de Commissions, de Services, etc. chargés des contrôles se multiplie. Tous ces contrôles, qui constituent le dispositif de radioprotection mondial, sont du ressort total des technocrates. Les individus ou groupe d’individus extérieurs à la technocratie nucléaire ne sont pas reconnus et leurs analyses rejetées.

En mars 1979, la centrale nucléaire américaine de Three Miles Island rejette de la radioactivité dans l’air. C’est un accident sérieux (niveau 5 sur 7 de INÈS). La population n’est informée que le lendemain. Un peu moins de 200’000 personnes doivent quitter d’urgence leur domicile. Deux mille victimes des radiations mettent plus de dix ans pour être entendues par les tribunaux.

C'est alors que l’industrie atomique invoque une loi qui réglemente l’audition des experts. Elle plaide qu’un expert ne peut témoigner que si sa méthodologie et ses résultats concordent avec ceux de ses pairs dans le domaine des atteintes à la santé radio induites. De fait, onze experts sur douze ont été révoqués par la Cour. Les victimes doivent plaider sans l’assistance de leurs experts. Cela constitue l’exemple même du déni structurel du droit d’expression et de la justice légale. Les premiers cas sont jugés en 1996 au Tribunal Fédéral de Harrisburg, quinze ans après les faits.


Ce qui prend corps en ce milieu de siècle en matière de rayonnement ionisant sera reproduit à l’identique quelques décennies plus tard avec le rayonnement non ionisant. Dès qu’un expert non accrédité tente de faire valoir une mesure de radiation non ionisante, quels que soient son matériel et son degré de compétences, ses conclusions sont mises en doute.

L’obtention d’une accréditation oblige son détenteur à ne publier aucun document mettant en doute, ou portant atteinte à la réputation d’autres firmes accréditées ou au service d’accréditation. Le détenteur doit également attribuer la même valeur aux résultats d’autres organismes accrédités qu’aux siens.

Le formulaire 707d que le requérant doit signer s’il espère devenir accrédité contribue à maintenir le malaise qui existe en matière de mesure de champ électromagnétique. Il a fallu huit ans à Hans Ulrich Jakob pour faire admettre aux autorités communales et scolaires sa mesure d’environ 4 V/m à la place de 0.3 V/m dans l’école bernoise de Tännlenen, proche de l’émetteur de Schwarzenbourg.

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