Voici des informations de 2026 qui ne justifient pas l'ouverture d'une page
© Pierre Dubochet, ing. radio
toxicologie des RNI
mis à jour le 22 septembre 2026
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Augmentation d'une limite à l'été 2027
22 septembre 2026 | La Suisse se trouve face à une contradiction entre ses engagements constitutionnels et sa décision d’augmenter les valeurs limites d’immissions pour les fréquences supérieures à 6 GHz. Alors que la Constitution fédérale (article 74) et la Loi sur la protection de l’environnement (article 11) imposent un principe de prévention, c’est-à-dire d’agir sur la base d’indices de risque sans attendre la preuve du danger, les autorités inversent —une fois encore— ce principe: plutôt que d’exiger que l’innovateur prouve la sécurité, elles libéraliseront les fréquences en fixant d’avance des limites plus assouplies.
Le 7 septembre 2026, l’OFEV a publié un «Rapport explicatif concernant la révision de l’ORNI» pour une adoption prévue au printemps 2027. Cette révision s’inscrit directement dans la motion 20.3237 du Conseil national intitulée «Réseau de téléphonie mobile. Créer dès à présent les conditions générales propices à un déploiement rapide» — révélant que l’objectif prioritaire est l’accélération industrielle.
L’OFEV a progressivement assoupli les recommandations pour le calcul du rayonnement des installations de téléphonie mobile. Pics autorisés au-delà de la valeur limite de l’installation grâce à l’introduction d’une moyenne sur 6 minutes, réduction des atténuations, et désormais, augmentation des seuils eux-mêmes.
Sans compter la modification législative en cours par une révision partielle de la loi sur les télécommunications destinée à supprimer le droit d’opposition et rendre les recours non suspensifs.
Le projet pour 2027 prévoit trois modifications de l’ordonnance. Je vous relate la plus importante à mes yeux.
Le Conseil fédéral prévoit de libéraliser les bandes millimétriques tout en adoptant les recommandations internationales de l’ICNIRP [1] de 2020 comme nouvelles valeurs limites.
1 Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants
L’ICNIRP fonctionne en système de cooptation fermée. Contrairement à la pratique scientifique internationale, les nouveaux membres sont choisis par les membres sortants, sans processus d’appel ouvert ni de validation externe. Cette pratique, qui n’existe nulle part dans le domaine scientifique, confère à l’ICNIRP les caractéristiques d’un club privé autorégulé, plutôt que d’une instance de gouvernance scientifique légitime.
L’ICNIRP est hébergée dans les locaux de l’Office fédéral allemand de radioprotection (Bundesamt für Strahlenschutz, BfS), ce qui crée une proximité avec un gouvernement ayant des intérêts industriels directs.
Les recommandations ICNIRP 2020 reposent sur seulement 17 auteurs. Ceci crée un risque de biais et empêche le pluralisme scientifique.
Cette situation a attiré l’attention des institutions publiques légitimes. En 2011, la Résolution 1815 du Conseil de l’Europe a dénoncé les «graves faiblesses» des normes ICNIRP.
En 2019, la Cour d’appel de Turin a jugé (904/2019 du 3 déc. 2019) que l’ICNIRP n’était pas une source fiable car elle représente les intérêts de l’industrie plutôt que la santé publique. Deux eurodéputés ont également publiquement critiqué les conflits d’intérêts et l’absence de transparence.
L’ICNIRP ne considère que les effets aigus et avérés à court terme. Elle ignore systématiquement les risques liés à l’exposition cumulative et chronique, documentés scientifiquement depuis les années 1960. Or, les normes de sécurité sanitaire doivent intégrer l’exposition à vie.
Des revues systématiques et méta-analyses récentes contredisent la sécurité affirmée par l’ICNIRP. Une étude parue dans la littérature médicale internationale a documenté des effets nuisibles sur la reproduction à des doses inférieures aux seuils actuels de l’ICNIRP, avec une relation dose-réponse claire. Les auteurs concluent:
«les effets nuisibles détectés à des doses inférieures au seuil d’effet nuisible prétendu par l’ICNIRP démontrent que les limites d’exposition actuelles manquent de crédibilité scientifique».
Le piège sémantique: «recommandations» ≠ obligations
En page 3 de son Rapport explicatif du 7 septembre, l’OFEV écrit: «Les recommandations internationales relatives aux valeurs limites […] doivent être reprises dans l’ORNI».
Cette formulation est trompeuse. Des «recommandations» ne deviennent obligatoires que si un État souverain les reprend. Ce que l’OFEV rappelle en page 4: «En vertu de l’art. 13, al. 1, LPE, le Conseil fédéral édicte par voie d’ordonnance des valeurs limites d’immissions applicables à l’évaluation des atteintes nuisibles ou incommodantes».
L’OFEV présente donc comme inéluctable une hausse qui est en réalité un choix politique suisse — choix contredisant les obligations constitutionnelles de prévention.
Comment peut-on écrire une chose puis son contraire en page suivante?
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Le Conseil fédéral dispose du pouvoir d’édicter des valeurs limites propres à la Suisse, basées sur l’état réel de la science et non sur les recommandations d’une commission étrangère non transparente. Choisir délibérément d’affaiblir les protections existantes —avant même que les fréquences >6 GHz soient déployées— et se retrancher derrière le caractère «international» des normes semble une abdication de responsabilité.
Une nouvelle infrastructure d’exposition en zones urbaines
L’ORNI fixe une seule valeur limite d’immissions uniforme pour le corps. La modification proposée autorise, pour les fréquences >6 GHz, une intensité plus élevée pour le rayonnement «local».
Les autorités justifient l’augmentation des limites d’immissions pour offrir des débits de transfert significativement supérieurs à la 5G actuelle. Or, aucune étude ne démontre que cette augmentation de débit répond à un besoin public réel. Les débits théoriques (jusqu'à l’équivalent de 25 flux vidéo simultanés par abonné) [2] correspondent à des cas d’usage extrêmement spécialisés.
Les ondes millimétriques ont une portée dans l’environnement au moins 4 à 6 fois plus faible que celle des antennes adaptatives dans la bande des 3,5 GHz. Pour couvrir les zones urbaines denses, une myriade d’émetteurs sera nécessaire: aux arrêts de bus, de tramways, de trains, sur les façades, dans les halls. Ces antennes seront proches des passants car la propagation n'est bonne qu'en visibilité directe. Du fait de la petitesse des émetteurs, la population ne pourra ni identifier ni éviter ces sources.
Selon le Rapport explicatif de l’OFEV, «la charge locale exercée sur certaines parties du corps gagnera en importance». Les ondes millimétriques ne pénètrent que quelques millimètres dans les tissus, mais c’est suffisant pour affecter: la peau, les capillaires sanguins sous-cutanés, les yeux, les tympans, et les structures superficielles du cerveau. On sait que l'audition est particulièrement perturbée par les rayonnements artificiels pulsés. Il serait intéressant de connaître la prévalence de perte auditive et d'acouphènes ajustées selon l’âge depuis 2005 environ, dans un contexte de hausse durable de l’appareillage auditif.
Les stations d'une puissance inférieure à 6 watts sont exclues du champ d'application de l'ORNI. Elles peuvent être mises en service sans mise à l'enquête. Pourtant, avec des antennes formant un faisceau directionnel, ces systèmes pourraient théoriquement dépasser 50 V/m à une distance de 1 à 5 m, selon les caractéristiques de l'antenne.
Le droit environnemental suisse oblige les autorités à protéger la santé humaine des charges excessives.
Rappel du cadre constitutionnel et légal:
Obligation légale | Disposition | Contenu | |
Protection de l’environnement | Cst., art. 74 | Légiférer «contre les atteintes nuisibles ou incommodantes», «veille à prévenir ces atteintes» | |
Prévention face aux émissions | LPE, art. 11 | «il importe, à titre préventif, de limiter les émissions», «plus sévèrement [...] s’il y a lieu de présumer que les atteintes [...] seront nuisibles ou incommodantes». | |
Autonomie normative suisse | LPE, art. 13, al. 1 | «Le Conseil fédéral édicte par voie d'ordonnance des valeurs limites d'immissions applicables à l’évaluation des atteintes nuisibles ou incommodantes» | |
Quand des revues systématiques concluent que les limites d'exposition de l'ICNIRP sont obsolètes et reposent sur des hypothèses sanitaires erronées, quand plusieurs études suisses convergent pour associer l'usage du smartphone à des difficultés psychiques [3 , 4] et par là même à une problématique de santé publique, l’option prudente n’est pas d’assouplir encore les limites, mais de renforcer l’évaluation.
[2] Des mesures commerciales ont atteint environ 1,6 Gbit/s (200 Mo/sec) dans une zone très proche de la station: l’équivalent de 25 flux vidéo en 1080p. Encore faut-il que le réseau téléphonique, l’appareil de l’abonné et toute la chaîne qui le relie au serveur soutiennent le débit.
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Cancer chez l'animal, aberrations chromosomiques chez l'homme
10 septembre 2026 | Dans leur revue systématique, Meike Mevissen et Kurt Straif, ancien chef de la section Monographies du CIRC à Lyon, ont conclu : «Les résultats de cet examen systématique indiquent qu’il existe des preuves que l’exposition aux radiofréquences augmente l’incidence du cancer chez les animaux expérimentaux, avec le plus haut niveau de certitude pour les schwannomes malins du cœur et les gliomes» — ces derniers étant des tumeurs cérébrales. Mais nous ne sommes ni des rats ni des souris.
Cependant, les gliomes et particulièrement les glioblastomes semblent plus fréquents chez les hommes en Suisse, comme dans la plupart des pays européens. Un rapport de Santé Publique France indique une multiplication par quatre du nombre de glioblastomes en trente ans. Les 15-39 ans sont concernés.
La gestion du risque lié aux rayonnements se heurte à une difficulté majeure : l’absence de biomarqueur fiable. Les concentrations de toxines produites par l’exposition — superoxyde, peroxyde d’hydrogène, radical hydroxyle, etc. — ainsi que celles de protéines, de peptides ou d’autres métabolites susceptibles d’être influencés — protéine tau, peptides amyloïdes, glutathion peroxydase, mélatonine, etc. — varient en permanence sous l’effet de nombreux facteurs. En pratique, l’analyse des toxines présentes dans le cerveau pour évaluer le risque demeure hors de portée.
Depuis quelque temps, des chercheurs s’intéressent donc à des biomarqueurs de l’instabilité génomique. Les études de Gulati et de Chokeli ont examiné deux biomarqueurs génotoxiques différents, auprès de deux populations distinctes et dans deux pays différents. Qu’ont-ils trouvé ?
Taux d’aberrations chromosomiques significativement plus élevé
Dans l’étude de Gulati, les personnes exposées se trouvaient à une distance comprise entre 75 et 160 mètres des antennes d’une station-relais. Leur exposition était de l’ordre de quelques dixièmes de volt par mètre — à titre de comparaison, la limite généralement appliquée en Suisse est de 5 V/m. Les auteurs ont observé, dans le groupe exposé, un taux d’aberrations chromosomiques significativement plus élevé que dans le groupe témoin. Ils ont également relevé une corrélation avec la distance. Une exposition sur plusieurs années était nécessaire.
Dans la lignée d’une série d'études antérieures, les résultats de Gulati rappellent l’importance de prendre en compte la dose totale reçue, plutôt que de se contenter d'un résultat à court terme.
Contrairement aux dommages simples de l’ADN, comme certaines cassures, les aberrations chromosomiques sont plus difficiles à réparer et peuvent persister. Elles constituent un marqueur reconnu de l’instabilité génomique et du risque précancéreux. Les radiofréquences sont classées comme « possiblement cancérogènes » — groupe 2B — par le CIRC, le Centre international de recherche sur le cancer.
L’étude plus récente de Chokeli (dont la publication est en cours au moment de rédiger cet article) a également comparé l’exposition environnementale aux radiofréquences à des marqueurs de dommages génétiques. Les analyses ont montré que la fréquence des micronoyaux était positivement corrélée au niveau de radiofréquences mesurée. Les niveaux observés demeuraient inférieurs aux limites fixées par l’ICNIRP.
Gulati s’est intéressée à des réarrangements structurels des chromosomes, un phénomène relativement spécifique et potentiellement plus difficile à détecter. Chokeli a étudié les micronoyaux, c’est-à-dire des fragments de chromosomes ou des chromosomes entiers présents à l’intérieur du noyau cellulaire. Ceux-ci constituent un marqueur précoce de l’instabilité génomique, généralement considéré comme plus sensible, mais moins spécifique, que les aberrations chromosomiques.
Gulati a contrôlé une petite cohorte d’adultes. Chokeli a contrôlé 200 enfants d’école primaire.
Lien causal potentiel en dessous de la valeur limite
Ces deux biomarqueurs, bien que différents, présentent donc une association avec l’exposition aux radiofréquences, à des niveaux nettement inférieurs aux limites. La relation dose-réponse observée dans les deux études est compatible avec l’hypothèse d’un lien causal.
Ces travaux fournissent ainsi des éléments convergents en faveur d’un effet génotoxique potentiel, chez l’adulte comme chez l’enfant, en associant l’exposition environnementale aux antennes-relais de téléphonie mobile à des marqueurs d’instabilité génomique.
Les deux équipes de recherche soulignent que les limites réglementaires étaient respectées, tout en observant un effet génotoxique potentiel en dessous de ces seuils. Bien que ces résultats ne suffisent pas, à eux seuls, à justifier des recommandations politiques immédiates, ils appellent à la vigilance. Les effets observés sont certes modestes, mais leurs implications potentielles sont importantes dans un monde où l’exposition aux radiofréquences et aux microondes issues des technologies sans fil est devenue quasi omniprésente. La question d’un éventuel effet cumulatif sur l’ensemble de la vie mérite donc une attention particulière.
L’exposition des enfants est d’autant plus préoccupante qu’ils traversent une succession d’étapes de prolifération cellulaire et de développement cérébral. Les conséquences éventuelles de perturbations survenant durant ces périodes pourraient influer leur parcours de vie de façon durable. Tout facteur susceptible de réduire les capacités d’un enfant dans sa scolarité ou dans ses relations avec ses camarades pourrait avoir des répercussions importantes et durables.
Mieux gérer l’incertitude à long terme
Selon Chokeli, ces résultats soulignent l’importance d’intégrer l’exposition aux radiofréquences dans l’aménagement urbain, les politiques de zonage et la gouvernance des risques. L’équipe estime justifié de maintenir une distance appropriée entre les antennes et les lieux sensibles, notamment les écoles, afin de mieux gérer l’incertitude à long terme.
«En alignant les mesures de précaution avec une gouvernance transparente et l’engagement communautaire, les décideurs politiques peuvent équilibrer l’avancement technologique avec la protection de la santé publique, en particulier pour les populations vulnérables telles que les enfants».
Tout en reconnaissant que l’inférence causale doit encore être renforcée, Chokeli estime que «des stratégies de précaution fondées sur des données probantes devraient être mises en œuvre».
Compte tenu des limites actuelles de la science dans l’évaluation et la gestion des risques liés à l’exposition aux rayonnements non ionisants, je soutiens la mise en œuvre de mesures destinées à protéger les enfants dès maintenant, plutôt que d’attendre l’obtention d’hypothétiques preuves ultérieures.
- Meike Mevissen, Angélique Ducray, Jerrold M. Ward et al. «Effects of radiofrequency electromagnetic field exposure on cancer in laboratory animal studies, a systematic review». https://doi.org/10.1016/j.envint.2025.109482
- Sachin Gulati, Wilhelm Mosgoeller, Dietrich Moldan «Evaluation of oxidative stress and genetic instability among residents near mobile phone base stations in Germany». Télécharger l'étude.
- Raihanah Chokeli, Nurul Syazani Yuswir, Yu Bin Ho et al. «Environmental radiofrequency exposure and genotoxic biomarkers in schoolchildren: a cross-sectional analysis». Télécharger l'étude.
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Pourquoi l'OFEV a-t-il fait ce choix éditorial ?
Figure 1 ci-dessus | Cliquez sur l'image pour l'agrandir.
Figure 2 ci-dessus | Cliquez sur l'image pour l'agrandir.
8 septembre 2026 | Depuis le 25 juin et encore aujourd'hui, on peut voir une dissonance particulièrement forte sur la page d'accueil de l'OFEV, sauvegardée ci-contre (figure 1).
Dans le texte à gauche, l’office revendique la préservation de l’environnement et de la santé, des concepts qui impliquent la protection des écosystèmes et la réduction des nuisances anthropiques. Sur la photographie à droite (figure 2), il montre une scène estivale de baigneurs placés sous les silhouettes massives de pylônes à haute tension. Le contraste n’est pas seulement esthétique: il crée une contradiction symbolique entre les promesses du discours institutionnel et ce que l’image donne à voir.
La photographie cherche à évoquer l’accès à la nature, la baignade, une relation heureuse au plein air. Pourtant, une série de lignes électriques à haute tension structure l’image. Les lignes introduisent des notions radicalement différentes: artificialisation, infrastructures lourdes, exposition potentielle, emprise technique et conflit entre aménagement humain et espace naturel.
Regardez l'image à une taille suffisante: on la verrait plutôt comme illustration critique de méga-infrastructures dominant l'homme et la nature.
L'OFEV se déclare responsable «de la préservation de l’environnement et de la santé contre les atteintes graves». Nous pourrions discuter longtemps sur le qualificatif «grave». Le sujet est ailleurs.
Sous les lignes à 380 kV, on trouve le champ électrique maximal autorisé — ce n'est pas idéal d'y être la peau mouillée. On y trouve aussi un champ magnétique physiologiquement stressant. J'en veux pour preuve les 21 études incluses dans une revue systématique montrant une association entre la leucémie infantile et le champ magnétique à basse fréquence avec un indice de confiance de 95%.
Même sans conclure à un danger sanitaire avéré, la présence de toutes ces lignes fait surgir spontanément une question de cohérence: pourquoi l'OFEV illustre-t-il la protection de l’environnement et de la santé par un cadre où une infrastructure industrielle aussi prégnante surplombe des personnes en train de se baigner?
J'avoue être perturbé par la promesse de protection du texte et la banalisation d'une nature sous l'emprise d'infrastructures. L'OFEV donne le message que la qualité de vie est maintenue sous une forte pression technique, pourvu que le ciel soit bleu et l'ambiance détendue.
Quel incroyable choix éditorial! Une image institutionnelle n’est jamais neutre: elle sélectionne ce qui doit être perçu comme normal, désirable ou acceptable. Pour un office chargé précisément d’examiner les effets des activités humaines sur les milieux et la santé, ce choix interroge.
Le message que l'OFEV veut faire passer? Il faut désormais apprendre à nous accommoder d'une nature quadrillée par des superstructures industrielles.
Cet office fédéral ne donne pas à voir la protection de l’environnement, mais sa normalisation compromise. La discordance manifeste de cet choix iconographique quasi ironique affaiblit la crédibilité de l’OFEV.
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BERENIS : évaluation des revues systématiques pour l’OMS
8 janvier 2026 | Pour suivre l’évolution de la recherche en lien avec les effets du rayonnement non ionisant sur la santé, l’OFEV a mis en place un groupe consultatif d’experts en matière de RNI nommé BERENIS (acronyme de la désignation en allemand). Pour mémoire, BERENIS a écrit dans son édition spéciale de janvier 2021, pour les individus souffrant d’atteintes préexistantes telles que les déficiences immunitaires ou les maladies (diabète, maladies neurodégénératives): «il est donc fort possible que la santé des individus souffrant de telles atteintes soit touchée plus sévèrement», avec une intensité de rayonnement conforme aux limites légales.
Par ailleurs, le médecin Erwin Schliephake a signalé l’effet neurotoxique des rayonnements au-delà de tout doute raisonnable en 1932, l’OMS l’a signalé dans les années 1980; on sait qu’il est lié à la dose, donc à la quantité de rayonnements reçue dans le temps.
Douze revues systématiques menées entre 2023 et 2025 au sujet des effets sanitaires des champs électromagnétiques radiofréquences (entre 100 kHz et 300 GHz) ont été publiées dans le cadre d’une évaluation à venir par l’OMS. C’est une ancienne professeur adjointe en ingénierie électrique, Emilie van Deventer, introduite à l’OMS en 2000, responsable du département des rayonnements à l’OMS depuis le départ de Michael Repacholi en 2006, qui a relancé cette révision. Van Deventer a toujours refusé de divulguer le mode de sélection des groupes d’experts. La situation actuelle indique un déficit d’expertise dans les équipes.
Les thèmes principaux sont cancer, fertilité masculine, déroulement de la grossesse, troubles cognitifs, stress oxydatif, hypersensibilité électromagnétique. Le Suisse Martin Röösli est co-auteur de quatre revues systématiques. Des chercheurs ont demandé la rétractation d’une de ces études.
La lettre de décembre 2026 de BERENIS rédigée en numéro spécial commente ces revues systématiques sous le titre Évaluation des revues systématiques commandées par l’OMS concernant les effets sanitaires des champs électromagnétiques radiofréquences.
Maître mot de la science: incertitude
Le maître mot de cette lettre de BERENIS est l’incertitude que nous pouvons tirer de la recherche sur les rayonnements. «Le groupe d’experts BERENIS estime que l’évaluation globale des preuves existantes, telles qu’elles ont été présentées et analysées dans les revues systématiques, est insuffisante et trop ambivalente pour tirer des conclusions solides sur les effets sanitaires des champs électromagnétiques radiofréquences chez l’être humain». BERENIS relève «les fréquentes limitations méthodologiques rapportées dans les études examinées, qui impliquaient souvent des manquements concernant deux ou plusieurs critères qualitatifs, remettent en question la certitude de l’évaluation et la formulation de conclusions solides sur les effets sanitaires potentiels d’une exposition aux champs électromagnétiques radiofréquences».
Toujours selon le groupe consultatif BERENIS: «Les données scientifiques actuellement disponibles ne permettent pas de tirer des conclusions sur l’existence de personnes plus sensibles et vulnérables par rapport à la population générale». Les auteurs reconnaissent cependant que la conception des études pourrait avoir masqué cette sous-population. BERENIS écrit aussi: «on ne saurait exclure qu’une exposition aux champs électromagnétiques radiofréquences ait des effets sur les fœtus. Il est donc recommandé de considérer les femmes enceintes et leur enfant à naître comme potentiellement vulnérables».
L'impossible suivi à long terme
Le groupe consultatif avance: «L’accent devrait être mis sur la réalisation d’études prospectives concernant l’exposition à long terme de la population générale et de la population active». Pure chimère. La lettre révèle d'ailleurs l’incohérence d’une telle requête, puisque BERENIS écrit: «les données utilisées reflétaient surtout une exposition aux champs électromagnétiques radiofréquences dans la gamme de fréquences de 0,8 à 2,5 GHz, qui équivaut aux anciennes normes de communication mobile». La 5G exploite par exemple la fréquence de 3,5 GHz avec des antennes adaptatives focalisant un rayonnement pulsé. Comment soutenir les études à long terme sur la population tout en reconnaissant la mutation technologique constante?
Environ chaque décennie, une nouvelle génération de téléphonie mobile évolue; avec elle de nouvelles fréquences et modulations sont exploitées. Pareil pour le Wi-Fi, en évolution régulière. Les usages eux-mêmes changent. Aux premiers temps du téléphone mobile, l’appareil était tenu contre l’oreille. Aujourd’hui, il est pour partie tenu à bout de bras. Actuellement, de nombreux objets connectés envahissent les intérieurs, sont portés à même le corps.
L’exposition de la population générale entre 2000 à 2009 n’est pas comparable à l’exposition entre 2010 et 2019. Celle entre 2020 et 2029 n’est pas comparable à l’exposition précédente, et l’exposition entre 2030 et 2039 ne sera pas comparable avec celle que nous vivons actuellement, par exemple en raison de l'électromobilité, source de champs magnétiques transitoires complexes. Or, les fréquences, les modulations, les doses reçues modifient le risque.
Commission internationale sur les effets biologiques des CEM
La Commission internationale sur les effets biologiques des champs électromagnétiques (ICBE-EMF) a un avis plus cassant que BERENIS sur ces revues systématiques. «Nous avons mis au jour de nombreuses lacunes, notamment l’exclusion d’études pertinentes, le recours à des études peu concluantes, le regroupement inapproprié d’études portant sur des conditions d’exposition très différentes et des biais non divulgués chez les auteurs».
«Onze des douze revues systématiques commanditées par l’OMS s’appuyaient sur de multiples analyses quantitatives (méta-analyses) d’études primaires portant sur les effets des rayonnements radiofréquences sur la santé. Dans la plupart des cas, nous avons constaté que ces analyses présentaient de graves lacunes méthodologiques qui compromettaient l’interprétation des résultats et invalidaient les conclusions des auteurs, lesquelles étaient fondées sur ces mêmes résultats». En conclusion: «les revues systématiques commandées par l’OMS ne prouvent pas l’innocuité des téléphones portables ni des autres appareils de communication sans fil».
L’enjeu du classement
Dans un monde sans conflits d’intérêts, les effets nuisibles dose-dépendants observés dans les études systématiques sur la fertilité masculine, sur la grossesse et sur les conséquences à la naissance devraient inciter les instances concernées à réduire les seuils d’exposition, en premier lieu ceux du téléphone mobile.
Les radiofréquences sont classées «peut-être cancérogènes». L’évaluation pourrait maintenir ce classement, le faire évoluer en «probablement cancérogène» ou encore en «cancérogène avéré» si les preuves animales et mécanistiques sont jugées suffisantes pour compenser les incertitudes épidémiologiques. Les résultats pourraient être connus en 2028-2029.
Mes recommandations: tenez le téléphone mobile éloigné de la tête. Hors communication, ne le portez pas à même le corps, mettez-le dans un sac. La nuit, éloignez-le de 3 mètres de votre tête. Évitez de tenir régulièrement en main le téléphone mobile en charge sur une prise de courant 230V.
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